Les tout jeunes fonds Euro-croissance, (ordonnance du 27 juin 2014,
décret et arrêté du 4 et du 12 septembre 2014) offrent une espérance
de rendement supérieure à celle des
fonds euros classiques en échange d'une garantie moindre (une
garantie du capital à un horizon de 8 ans minimum contre une
garantie du capital immédiate, quotidienne et à laquelle s'ajoute
une garantie de rendement minimum).
- Ces garanties s'obtiennent en achetant principalement des
obligations. Or, les taux de rendement des obligations sont
aujourd'hui très bas, un emprunt d'Etat français à 10 ans acheté
en mai 2015 rapporte moins de 1% par an. En revanche, l'impact
de ces achats sur les rendements d'un fonds Euro-croissance et
d'un fonds euros n'est pas le même, c'est une histoire de flux
et de stock. Un fonds Euro-croissance est en cours de
constitution (100% de flux) et il a un rendement proche de celui
du marché, de l'ordre de 1%, alors que le rendement d'un fonds
euro, composé majoritairement d'obligations achetées
antérieurement avec des rendements supérieurs, est plus élevé
car peu influencé (Environ 96% stock et 2% flux en 2014) par les
achats faits au bas niveau de taux actuel. Autrement dit, grâce
à la mutualisation, en effectuant aujourd'hui un versement dans
un fonds euro, vous bénéficiez en partie du niveau de taux
passé, ce qui n'est pas le cas en faisant un versement dans un
nouveau fonds Euro-croissance. Cette situation, favorable aux
nouveaux entrants, s'inverserait si les taux des obligations
remontaient à un niveau supérieur au taux des fonds euros.
- La partie dynamique des fonds Euro-croissance va subir le même
effet de flux et de stocks, en défaveur des fonds
Euro-croissance.
La conversion d'avoirs d'un fonds euros vers un fonds
Euro-croissance n'a pas d'impact fiscal. En revanche, elle revient à
abandonner une part de la rémunération dont son épargne devrait
bénéficier un jour ou l'autre. Mieux vaut, pour l'instant, rester
investi sur le fonds euros et aller chercher de la performance sur
des unités de compte actions que d'aller sur un fonds
Euro-croissance.
Le gouvernement suit de près le développement des fonds
Euro-croissance (objectif de collecte de 50 mds € à 5 ans pour
1,5mds réalisé en 10 mois), s'inquiète de la faiblesse des encours, évoque leur faible attractivité et annonce, lors de la commission des finances du Sénat la semaine
dernière :
- Un nouvel appel à la prudence (= baisse) sur la rémunération
délivrée par les assureurs dans les fonds euros. Or la
concurrence est très rude entre les assureurs lors de la
publication annuelle des taux de rendement des fonds euros. Quel
assureur va prendre un risque sur un encours de plus de 1 300
mds €, alors que les fonds Euro-Croissance représentent 1,5 mds
€ ?
- Une modification des règles prudentielles de distribution des
résultats dans les fonds euros. Une sorte de hold-up partiel sur
le rendement de cette épargne.
- Le transfert d'une quote part de performance latente pour
l'épargnant qui quitte un fonds euros pour aller vers un fonds
Euro-croissance. Une usine à gaz utopiste.
Une naissance bien difficile pour les fonds Euro-croissance, comme c'était le cas pour leurs prédécesseurs, les DSK, euro-diversifiés...